Ils ont l’air calmes. Maîtrisés. Productifs. Ils répondent vite aux messages, arrivent à l’heure, enchaînent les projets. Ils ont des to-do lists bien tenues, des profils LinkedIn impeccables et parfois même des sourires automatiques.
Mais derrière cette surface tranquille se cache une tempête que personne ne soupçonne : le burn-out, lent, insidieux, déjà là, déjà profond, chez des jeunes qu’on croyait à peine lancés.
Trop tôt, trop fort
On pensait que le burn-out était une maladie de cadres quinquagénaires. Il frappe désormais des jeunes de 20 à 30 ans, à peine sortis des études, à peine entrés dans le monde du travail. Stage, alternance, premier CDD – et déjà, l’épuisement. Le besoin de prouver, la peur de décevoir, la charge mentale permanente : trop de pression, trop tôt, trop fort.
Le monde professionnel ne leur laisse pas le temps d’apprendre, seulement celui de performer.
Le culte de l’efficacité
Derrière les bureaux ouverts, les applis de gestion de projet et les rituels du « bien-être au travail », la logique reste brutale : il faut produire, il faut briller. Le calme apparent des open spaces masque des cœurs serrés, des pensées qui tournent en boucle la nuit. L’efficacité est devenue une religion, et les jeunes y sacrifient leur santé mentale.
Les signes qu’on ignore
Fatigue chronique, perte de motivation, anxiété diffuse, hypersensibilité… Des signaux que l’on banalise, que l’on appelle parfois « petit coup de mou ». Jusqu’au jour où le corps dit stop. Où tout devient lourd, où même respirer devient un effort. Le burn-out n’explose pas toujours : il s’installe en silence, comme une lente disparition de soi.
L’isolement derrière l’écran
Ils sont nombreux à souffrir seuls, en télétravail, dans des espaces de coworking, ou même en colocation. Ils ne veulent pas inquiéter. Ils pensent que ça va passer. Et surtout, ils ont honte. Honte de ne pas tenir, de ne pas être « assez fort ». Dans un monde qui valorise la résilience à outrance, s’effondrer devient un tabou.
Repenser le rythme
L’envers du calme, c’est cette violence invisible infligée à une génération qu’on disait pourtant chanceuse. Peut-être faut-il apprendre à désobéir à cette injonction à toujours faire plus. Peut-être faut-il défendre un droit au doute, à la lenteur, à l’équilibre.
Car il ne s’agit pas seulement de survivre au travail, mais de vivre, pleinement – et sans masque.
L’envers